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Une première étape

Alya AGLAN, Olivier FEIERTAG, Dzovinar KEVONIAN

À l’automne 2006, le Centre d’histoire politique et religieuse de l’Université Paris-X (EA 378), les laboratoires de recherche « Identités, relations internationales et civilisations de l’Europe » (IRICE, UMR 8138) et « Institutions et dynamiques historiques de l’économie » (IDHE, UMR 8533) ont débuté une collaboration destinée à mettre en place un groupe de recherche sur l’Organisation internationale du travail. Les 19 et 20 janvier 2007, se sont tenues à l’Université Paris-I Sorbonne deux journées d’études destinées à amorcer à la fois le travail et la réflexion commune autour de l’une des personnalités dominantes du socialisme réformateur français et du milieu internationaliste des années vingt. Nous les publions ici aujourd’hui.
Albert Thomas apparaît comme l’un des acteurs majeurs de l’internationalisme des années 1890-1930. Intellectuel et militant socialiste proche de Jaurès à l’époque de la IIe Internationale, ministre des Armements pendant la Première Guerre mondiale, premier directeur du Bureau international du travail de 1919 à 1932, l’homme a de manière continue inscrit sa réflexion et son action à l’échelle du monde. À cette échelle internationale, tout particulièrement, Albert Thomas semble bien avoir contribué, avec d’autres, à reposer la question sociale au sein d’une société des nations en construction. De part et d’autre des ruptures et des innovations induites par le premier conflit mondial, la question n’a cessé de se poser, inséparable d’un processus de mondialisation qui aura largement caractérisé le xxe siècle dans son ensemble. L’homme porte avec sa génération (Jaurès, Herr, Péguy…) l’impératif de mise en œuvre des idéaux du xixe siècle (1848 et les thèmes du travail, de la justice, du peuple, de la patrie, de l’humanité…), à la fois par son action et son œuvre d’historien, par son admiration pour Michelet et, de manière plus générale, par l’influence qu’exercent sur sa formation intellectuelle les socialismes de 1848, non seulement français mais également allemands ou anglais puisqu’il a étudié aussi bien le syndicalisme allemand que les Trade-Unions, avec lesquels il est en relation suivie. Dans les années vingt, il est l’une des figures marquantes de l’internationalisme genevois, donnant à la fonction de fonctionnaire international ses lettres de noblesse, insufflant à la direction du BIT une dynamique considérable à la fois par sa capacité normative et sa dimension d’expertise. Défendant une conception spécifique des relations entre les domaines du social et de l’économie, il incarne la tentative d’institutionnalisation du socialisme réformiste dans la sphère internationale. Il contribue, ce faisant, à dessiner les contours d’un modèle proprement transnational de régulation sociale dont l’originalité et la portée restent largement à explorer, y compris dans la perspective très contemporaine de la mondialisation. Ces journées d’études ont en effet constitué dans notre esprit une première étape destinée à prendre la mesure des problématiques que l’homme nous permettait de poser. Elles visaient à explorer, à travers la trajectoire et l’action d’Albert Thomas, les modalités d’internationalisation de la question sociale (réseaux et institutions), mais aussi les réponses qui y furent apportées, des années 1890 aux années 1930.
L’historiographie existante sur Albert Thomas manque sans conteste d’une étude globale. Peut-être est-ce en raison des multiples facettes du personnage ou de la diversité de ses fonctions et prises de position. Les études existantes ont donc souvent décliné une facette du personnage ou abordé un aspect de ses engagements politiques ou sociaux. Une première série de publications appartient au registre du témoignage et de l’hommage. Elles sont soit contemporaines de la disparition d’Albert Thomas, soit commémoratives. Elles émanent de ses collaborateurs, du Bureau international lui-même ou encore de la Société des Amis d’Albert Thomas dirigée par Marius Moutet [1]. Une seconde série de publications des années 1980-1990 intègre la personnalité et le profil d’Albert Thomas dans des études de socio-histoire des élites républicaines [2]. Une troisième série à caractère scientifique a été consacrée à l’étude du réformisme social dans la première moitié du xxe siècle. Elles datent de deux époques distinctes : les années 1960-1970 avec les multiples travaux de Martin Fine aux États-Unis, la thèse-biographie de Bertus Shaper aux Pays-Bas, les articles de Madeleine Rebérioux, en partie réédités en 1999 chez Belin et plus généralement les recherches entreprises à l’initiative de l’Institut français d’histoire sociale. Une seconde époque de publications est plus récente et porte sur les dimensions prises par le réformisme social dans les cadres nationaux avant la Première Guerre mondiale [3]. L’expérience ministérielle de la guerre a fait dès les années 1970 l’objet d’études spécifiques sur le premier conflit mondial qui mettent en lumière l’originalité et la portée des pratiques coopératives mises en place par Albert Thomas [4]. Reste enfin les études consacrées au fonctionnement du BIT qu’il dirige jusqu’en 1932. Les unes comme les autres évoquent le rôle d’Albert Thomas dans la mise en place de l’institution, les combats menés pour en élargir le mandat et en obtenir la reconnaissance [5].
Lors de ces journées d’études, nous avons choisi d’aborder le personnage à travers trois thématiques de problématisation : réseaux et institutions de l’internationalisme au tournant du siècle ; coopération et expertise au service de la paix internationale ; construction de la paix économique et sociale à l’échelle mondiale. Dans la continuité de cette réflexion, les trois laboratoires de recherche associés ont le projet de poursuivre le chantier prometteur ouvert par cette première étape. Élargissant le champ chronologique à l’ensemble du xxe siècle, nous nous proposons de tenter de contribuer, au-delà d’Albert Thomas, à l’histoire en cours de l’OIT et, plus généralement, à l’exploration du continent des organisations internationales apparu dans la période, en tentant d’approfondir l’étude des effets économiques, sociaux et politiques de l’internationalisation du monde sur les différentes sociétés nationales, de 1919 aux années 1980 [6].

[1] Sans prétendre à l’exhaustivité, nous avons ci-après recensé les ouvrages les plus significatifs : BIT, Hommage à la mémoire d’Albert Thomas. Séance solennelle du conseil d’administration du BIT, tenue au Victoria Hall à Genève le 30 juin 1932, Genève, BIT, 1932, 44 p. ; BIT, Albert Thomas (1878-1932), Genève-Annemasse, BIT-A. Granchamp, 1932, 126 p. ; BIT, Essai d’une bibliographie de Monsieur Albert Thomas, premier directeur du BIT, Genève, 1935, 48 p. ; Edward J. Phélan, Albert Thomas et la création du BIT, Paris, Grasset, 1936 ; Ernest Poisson, Le coopérateur Albert Thomas. Un quart de siècle de vie militante, Paris, PUF, 1933, 359 p. ; général Rudeanu, Albert Thomas, Bucarest, 1934 (préface de Mario Roques), 222 p. ; Un grand citoyen du monde, Albert Thomas vivant, Genève, Société des amis d’Albert Thomas, 1957 (société alors dirigée par Marius Moutet).

[2] Emmanuelle Cohen, Albert Thomas : jeunesse, amitiés et formation politique (1897-1906), mémoire de maîtrise, Université Paris-IV, 1993 ; Christophe Prochasson, Les intellectuels, le socialisme et la guerre (1900-1938), Paris, Seuil, 1993 ; Jean-François Sirinelli, Une génération intellectuelle. Khâgneux et Normaliens dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 1988.

[3] Martin Fine, Toward corporatism : the movement for capital-labor collaboration in France, 1914-1936, thèse d’histoire, Madison, Université du Wisconsin, 1971 ; Martin Fine, « Albert Thomas : a reformer’s vision of modernization », Journal of Contemporary History, n° 12, July 1977, p. 545-564 ; Martin Fine, « Un instrument pour la réforme : l’Association française pour le progrès social (1927-1929) », Le Mouvement social, n° 94, janvier-mars 1976, p. 3-29 ; Martin Fine, « Guerre et réformisme en France, 1914-1918 », Le Soldat au travail : guerre, fascisme et taylorisme, textes réunis par Lion Murard et Patrick Zylberman, Recherches, n° 32-33, septembre 1978, p. 305-324 ; Patrick de Laubier, « Albert Thomas (1878-1932), réformiste social », Revue française des affaires sociales, n° 47, novembre 1994, p. 43-52 (75e anniversaire du BIT) ; Histoire de l’Office du travail (1890-1914), Paris, Syros-Alternatives, 1992 (colloque 1991) ; Madeleine Rebérioux, « La revue socialiste », Cahiers Georges Sorel, n° 5, 1987 ; Madeleine Rebérioux, Parcours engagés dans la France contemporaine, Paris, Belin, 1999 (recueil de textes et d’articles parus entre 1961 et 1998) ; Bertus Willem Schaper, Albert Thomas, trente ans de réformisme social, Paris, PUF, 1960 (préface de Marius Moutet) [Assen, van Gorcum, 1959, 1re éd., publication de la thèse de doctorat, Leyde, 1953] ; Christian Topalov (dir.), Laboratoires du nouveau siècle : la nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France (1880-1914), Paris, EHESS, 1999 ; « Albert Thomas », L’actualité de l’histoire, n° 24, juillet/août/septembre 1958, p. 1-35. (édité par l’Institut français d’histoire sociale, devenu ensuite le Mouvement social).

[4] Alain Hennebicque, « Albert Thomas et le régime des usines de guerre (1915-1917) », dans Patrick Fridenson (dir.), 1914-1918 : l’autre front, Paris, Éd. Ouvrières, 1977 ; Richard F. Kuisel, Le capitalisme d’État en France : modernisation et dirigisme au xxe siècle, Paris, Gallimard, 1984. Recherches en cours : François Bouloc : « Profiteurs de guerre et mobilisation industrielle » (thèse, Université de Toulouse-II) ; une thèse en cours : Florent Lazarovici, « Albert Thomas et le ministère de l’armement » (thèse, Université Paris-XII).

[5] Christine Manigand, Les Français au service de la Société des Nations, Berne, Peter Lang, 2003 ; Denis Guérin, Albert Thomas au BIT (1920-1932). De l’internationalisme à l’Europe, Institut européen de l’Université de Genève, 1996 ; Z. Lévy, « Lettres inédites d’Albert Thomas à André Gide à propos du voyage au Congo et du retour du Tchad », Bulletin de l’association des amis d’André Gide, n° 13/67, 1985 ; Sylvie Massart, Les voyages d’Albert Thomas, directeur du BIT (1919-1932), mémoire de maîtrise, Paris-I, 1993.

[6] Organisation à l’automne 2009 à Paris du colloque : « Humaniser le travail : Organisation internationale du travail, régimes économiques et régimes politiques (1919-1968) ».


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