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Conclusions

Éric BUSSIÈRE

L’association au sein d’un groupe de travail, d’universitaires réfléchissant sur le long terme et de praticiens s’est révélée une fois de plus extrêmement profitable. Elle a notamment permis aux historiens de reconsidérer pour partie leurs objectifs et offert aux acteurs une mise en perspective des enjeux auxquels ils se trouvent confrontés.

Les préoccupationsL’approche des historiens français et celleet celle des praticiens semblent refléter des types de préoccupation de nature différente. Les historiens ont longtemps privilégié dans leurs travaux le risque politique en concentrant leur attention sur des moments où le risque, devenant global, remettait en cause l’ équilibre d’un système. Ressortent de cette démarche des études consacrées au cas des investissements français dans la Russie tsariste et à la ruine des porteurs de ces titres après la Première guerre Guerre mondiale, des études portant plus globalement sur les conséquences des deux guerres, puis sur la période de décolonisation et d’affirmation du Tiers monde Monde marquée par la volonté de ces pays de reprendre le contrôle de leurs richesses et de leur développement économique. Dans ces phases de déstabilisation, les facteurs d’ordre politique conditionnent tous les autres, rendant apparemment inutiles des analyses plus spécifiques.

La fin de la Guerre froide et de l’organisation du monde selon un affrontement Est-Ouest semble infléchir la donne et susciter un contexte nouveau. Le risque politique n’a pas disparu, mais il est plus diffus. Les facteurs de déstabilisation sont plus diversifiés et laissent plus de place au risque économique. De fait, les préoccupations des praticiens qui, par définition, travaillent dans le temps présent, mobilisent une multiplicité de facteurs en tout en privilégiant néanmoins les analyses d’ordre économique.

D’où la question : les temps ont- ils changé au point d’expliquer une inflexion des méthodes, ou les historiens n’ont- ils pas jusqu’ici trop restreint le spectre de leurs analyses, se contentant d’expliquer à a posteriori par les révolutions politiques les grands sinistres dont ont été victimes les acteurs économiques français au cours du siècle ?

Les temps ont effectivement changé, restreignant dans une assez large mesure le champ d’action et de responsabilité des pouvoirs publics. Le désengagement progressif de l’ État depuis les années 1980 tranche avec les initiatives que le gouvernement français était en mesure de prendre dans les années 1970 encore lorsqu’il définissait, à l’adresse de l’industrie française des biens d’équipement, des pays cibles« pays prioritaires » pour leurs exportations. Les logiques de concurrence qui l’ont emporté depuis, à l’échelle de l’Union européenne, la privatisation de nombre d’acteurs, la perte de contrôle des pouvoirs publics sur les moyens et conditions de financement comme sur la monnaie, ont très largement remis en cause les modes d’action en vigueur il y a trente ans, fruit de l’épanouissement et qui résultaient de la montée en puissance d’un dispositif dirigiste sur plusieurs décennies. Le poids du risque politique dans les analyses, notamment dans celles des historiens, était ainsi lié aux conditions mêmes d’une activité économique internationale des temps de Guerre froide, à la nature même de l’action de l’État qui conduit, à travers ses initiatives mêmes, à inciter à la prise de risque politiquecette prise de risque particulier et, donc, à la couvrir.

Il n’en est pas moins vrai que les travaux des historiens relatifs à l’activité économique internationale en matière de commerce et d’investissement devraient investir, plus que par le passé, les méthodes d’analyse des risques pratiqués tout au long du vingtième siècle, notamment par les banques et les pouvoirs publics. Seule une telle démarche permettrait de réinsérer les dispositifs en place dans leur contexte, de faire la part entre facteurs de risque – économique, politique etc. – perçus par les acteurs et de mieux comprendre leurs démarches auprès des pouvoirs publics en vue d’une prise en charge croissante par l’État. Une telle démarche devrait être associée à une interrogation sur les méthodes actuellement en cours et sur les modes de prise en compte respectifs des facteurs économique et politique et de leur combinaison. Comment sont arbitrés les deux types de phénomènes, selon quels paramètres et selon quel type de lignes de force ? Ici encore, il serait utile de mieux connaitre connaître les modes de constitution de ces méthodes, leur chronologie, leurs liens avec les sinistres subis par les acteurs économiques eux-mêmes tout au long du siècle.

La prise en compte des risques géopolitiques au XXE XXe siècle ne peut cependant être analysée à la seule échelle nationale. La gestion du risque est aussi une affaire de coopération internationale et ce, depuis la fin du XIXe siècleXIXe siècle. À l’action des États a été ainsi associée depuis la fin du XIXe siècleXIX e siècle la gestion privée des risques de défaut de paiement. L’Association nationale des porteurs français de valeurs mobilières a été créée pour gérer les crises de paiement d’états, de collectivités ou de grandes entreprises étrangères. Inspirée du modèle britannique équivalent, elle a bientôt coopéré avec ses consœurs des autres pays afin de régler les contentieux qui suivirent les défauts de paiements, nombreux depuis la fin du XIXe siècleXIX e siècle. Ces structures ont coopéré pour mettre au point des règles, pour inciter, voire imposer des réformes à certains États, déterminant ainsi des transferts de normes vers ces pays.

Si la coopération des grands États, allant parfois jusqu’à la mise sous tutelle, voire jusqu’à l’utilisation de moyens militaires, a pu jouer afin de permettre le règlement de contentieux difficiles, les cas de non- coopération existent également. La Russie bolchévique en cessation de paiement du début des années 1920 a ainsi joué à opposer Anglais, Français, Américains et autres, afin de disposer des concours extérieurs dont elle avait alors besoin. Face au défaut de paiement de la Russie mais et, plus largement, des autres pays débiteurs, s’opposèrent alors les pays qui mettaient comme préalable à l’apport de nouveaux moyens le réglement règlement des dettes du passé (France) et ceux qui ont considéré que l’on pouvait travailler sur de nouvelles bases (Anglais et Américains). À cet exemple de non-coopération, on peut associer, dans un cadre différent, les affaires pétrolières d’Irak dans les années 1950 et 1960, où s’opposèrent en fonction d’ analyses d’intérêt différentes Français et Anglo-Saxons. À l’étude de l’analyse des risques, il paraît ainsi nécessaire d’associer celle dles modes et cadres de normalisation des pratiques du financement international (OCDE) , de gestion des sinistres dans le domaine des dettes publiques et privées (Club de Paris, Club de Rome), des zones de conflits d’intérêts.

Il nous semble enfin nécessaire de proposer d’engager une réflexion sur les rôles respectifs des acteurs privés et publics et les déplacements de frontières entre les uns et les autres. Si les deux types d’acteurs sont impliqués et coopèrent tout au long du siècle, on ne peut qu’être sensible à une série de déplacements et d’inflexions. La gestion du risque est longtemps surtout une affaire d’intérêts privés et l’État, en France, hésite à s’y engager. L’Association nationale des porteurs français de valeurs mobilières est créée avec le parrainage de l’État, bénéficie du relais de la diplomatie française, mais agit de manière indépendante. La montée en puisance du rôle de l’État après la première Première guerre Guerre mondiale et la constitution d’un arsenal complexe d’outils de gestion des risques, combinées à l’incitation, maintes fois répétée en direction des acteurs économiques, à la prise de risque, conduit l’État à sortir de la neutralité, y compris dans son rôle d’assureur que l’on peut analyser comme la contrepartie des prises de risques, qu’il impulse, notamment dans les années 1970. On comprend mieux alors la nature profonde du mouvement de privatisation qui a affecté une série d’acteurs comme la COFACE, à une époque où la plupart des opérateurs ont coupé leurs liens avec l’État. La crise financière de ces dernières années pose par conséquent de redoutables problèmes d’architecture dans un système complexe dominé par des acteurs privés, où les pouvoirs publics jouent un rôle moindre que par le passé, où la neutralité des États est mise en doute et où une partie des Agences agences de notation privées, notamment dans le domaine financier, a fait défaut.


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