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Romain Rolland, les relations franco-allemandes et la Suisse (1914-1919)

Landry CHARRIER

Sous l’impulsion de nouvelles générations d’historiens « naturellement et réellement bi-nationaux », l’histoire des relations franco-allemandes et de l’idée d’Europe unie a connu ces dernières années un renouvellement profond, surtout favorable à la période courant de la fin de la Grande Guerre à l’arrivée des nazis au pouvoir [1]. Même si des perspectives de réflexions nouvelles ont été développées par les chercheurs travaillant sur les démobilisations culturelles [2], les années 1914-1918 – et plus particulièrement, la période ouverte par la « tornade pacifiste » consécutive aux batailles de Verdun et de la Somme [3] – n’ont pas encore été suffisamment intégrées à un champ qu’elles pourraient contribuer à dynamiser. S’agissant des relations franco-allemandes pendant la Grande Guerre, Raymond Poidevin et Jacques Bariéty écrivaient en 1975 :

« On ne peut employer le mot qu’entre guillemets, car, entre les deux pays totalement engagés dans la guerre, il n’y a plus à proprement parler de relations durant ces quatre années » [4].

Il apparaît aujourd’hui nécessaire d’apporter un complément à cette vision juste, dans le cadre historiographique qui était celui des deux historiens, mais daté dans la configuration culturelle qui domine actuellement la recherche sur la Grande Guerre [5]. L’étude de cet « impensé » pourra « être mis[e] au service de stratégies de connaissance » [6] permettant d’aboutir à une vision vraiment mondiale de la Grande Guerre ainsi qu’à une représentation plus différenciée de l’histoire de l’idée d’Europe unie dont certains des acteurs ici abordés sont de véritables précurseurs. Si le conflit mobilisa une grande partie des énergies pour la victoire finale, marquant ainsi une rupture fondamentale dans les échanges entre les deux pays, il donna aussi naissance à des foyers d’opposition aux contraintes mentales nées des cultures de guerre. Corsetées par la censure, ces forces minoritaires aux nuances fort diversifiées n’eurent bien souvent aucune autre alternative que d’émigrer dans des marges-refuges – de façon privilégiée en Suisse – pour dire la paix mais aussi penser l’Europe [7]. C’est là, en périphérie, que se formèrent des réseaux aux implications idéologiques parfois très divergentes mais qui n’en constituèrent pas moins un cas unique de circulation des idées dans l’Europe des années 1914-1918. Installé en Suisse pendant toute la guerre, Romain Rolland en fut l’un des principaux pivots.


Romain Rolland, pivot des échanges franco-allemands
au sein du microcosme suisse


Placée directement au contact des nations belligérantes, la Suisse vit se constituer pendant la guerre un front de la protestation suffisamment significatif pour inquiéter les gouvernements des nations belligérantes. À l’heure où l’Europe était verrouillée par la censure, elle fut la « patrie symbolique de l’intelligentsia pacifiste » [8], une plate-forme où tous les dialogues étaient encore possibles. À côté des « calmes villages bernois soudain remplis d’étranges touristes excités qui complotaient la révolution mondiale » [9], Zurich et Genève – plus largement, les rives du Lac Léman –, étaient les points de chute privilégiés des dissidents de toute origine et de tous bords. Nourrie par les révolutions de 1848-1849 et les « lois d’exception » de 1878, cette tradition qui avait fait de la Suisse un lieu-refuge pour les dissidents remontait au séjour de Madame de Staël à Coppet, véritable « laboratoire d’Europe » durant les guerres napoléoniennes [10]. Pour la plupart de ces étrangers en situation d’« agonie morale » [11], Romain Rolland faisait figure de conscience supranationale, une « fonction » jadis endossée par Tolstoï. Grâce à la disponibilité de la presse mondiale non censurée ainsi qu’à son vaste réseau de connaissances, Rolland était parfaitement informé des événements, de la situation politique et du moral des populations et de la cléricature européennes. Cette situation lui permit de jouer tout au long de la guerre, un rôle d’intercesseur de premier ordre et même d’intervenir à son échelle, dans des actions de diplomatie parallèle. Ce fut notamment le cas au cours de l’hiver 1916-1917 où son intervention, conjuguée à l’action d’Annette Kolb et de René Schickelé, permit – le temps d’un bref intermède – la mise en place d’un canal de communication sécurisé entre Berlin et Paris [12].

L’attribution du prix Nobel de littérature en 1916 (au titre de l’année 1915) accrut considérablement la notoriété dont Rolland jouissait depuis la publication d’Au-dessus de la mêlée, ce formidable signal de ralliement à l’adresse de la jeunesse européenne. Elle renforça l’attraction qu’il exerçait sur les consciences et donc, l’importance qu’il pouvait avoir dans le rétablissement des échanges internationaux au sein du microcosme suisse. Constamment sollicité par les intellectuels mobilisés contre la guerre, il refusa cependant toujours de s’associer à des actions qui auraient pu l’enfermer dans le périmètre idéologiquement trop marqué de telle ou telle revue :

« Je n’ai jamais pu être collaborateur régulier à une revue : et aujourd’hui encore moins que jamais, – où je suis pris par les événements, leurs passions, leurs souffrances […] »

écrivait-il en janvier 1915 à Paul Häberlin qui l’avait contacté pour lui demander d’intégrer l’Internationale Rundschau, la revue de médiation qu’il comptait lancer depuis Zurich [13]. Cette posture empreinte d’une grande prudence ne l’empêcha pas d’accorder des cautions morales individuelles aux « hommes de courage » [14]. Ce fut par exemple le cas d’Henri Guilbeaux, homme de lettres et journaliste d’inspiration anarcho-syndicaliste qui le rejoignit en Suisse peu après la publication d’Au-dessus de la mêlée.

Parmi les pacifistes français qui entouraient Romain Rolland et constituaient ce qu’il aimait à appeler sa « petite troupe d’amis » –Charles Baudouin, Pierre Jean Jouve, Claude Le Maguet, Marcel Martinet, Jean de Saint-Prix, Charles Vildrac pour ne citer qu’eux [15] –, Henri Guilbeaux fut indéniablement « le plus hardi et le plus courageux dans le combat qu’ils menaient contre la guerre » [16]. Auteur d’une Anthologie des lyriques allemands depuis Nietzsche – ouvrage précurseur publié plus de dix ans avant la sortie des célèbres travaux de Geneviève Bianquis et de Félix Bertaux [17] –, Guilbeaux s’était fait remarquer avant la guerre par les tribunes qu’il avait publiées dans des revues telles que L’Assiette au beurre, La Vie ouvrière ou bien encore La Bataille syndicaliste. Établi en Suisse depuis que le conflit et la censure l’avaient privé de toutes ressources, il attira l’attention des autorités françaises par ses activités subversives – notamment, la publication d’une revue (Demain) qui bascula rapidement du côté des bolcheviks , ce qui lui valut une condamnation à mort par contumace « pour avoir entretenu des intelligences avec l’Allemagne » et s’être livré « à une campagne de nature à impressionner l’opinion dans un sens pacifiste et révolutionnaire […] » [18].

Même s’il n’exerça pas sur eux une influence aussi décisive que celle qu’il put avoir sur la poignée de jeunes Français venus le rejoindre en Suisse, Romain Rolland fut, pour nombre de pacifistes allemands convaincus de l’existence d’une « Autre Allemagne », un point de passage (quasi) obligé pour renouer le dialogue avec la France. Lui qui, en septembre 1914, regrettait encore qu’aucun Allemand n’ait répondu favorablement à sa lettre à Gerhart Hauptmann – « Je ne demandais qu’une voix, une seule qui fût libre… Aucune voix n’a parlé » [19] – se vit, surtout à partir de l’année 1915, sollicité par un nombre non négligeable de pacifistes en rupture avec le Burgfrieden. D’une grande circonspection à leur égard – notamment depuis que Frans Masereel et Pierre Jean Jouve avaient émis des doutes quant à leur indépendance d’esprit [20] –, il resta néanmoins ouvert à l’ensemble des consciences libres d’Allemagne, indépendamment des tensions qui pouvaient les mettre aux prises les unes aux autres. C’est ainsi qu’il rencontra, écouta et renseigna des personnalités telles qu’Albert Einstein, Hermann Fernau, Friedrich Wilhelm Foerster, Wilhelm Herzog, Annette Kolb, le comte de Montgelas, Wilhelm Muehlon, Georg Friedrich Nicolaï ou bien encore l’Alsacien René Schickelé. Ces contacts plus ou moins suivis permirent à Romain Rolland de se faire une idée très précise du potentiel de forces capables d’imprimer à l’Allemagne une direction nouvelle. À ces échanges réguliers s’ajouta la lecture des revues libérales allemandes et notamment, de celles qui avaient été transportées en Suisse afin d’échapper à la censure : ainsi Die Friedens-Warte d’Alfred Hermann Fried, acteur essentiel du mouvement pacifiste allemand dont l’action avait été couronnée du prix Nobel de la paix en 1911.

Premier espace de débat du pacifisme allemand, Die Friedens-Warte avait été fondée en 1899 et conçue comme une caisse de résonance des théories de cet apôtre de la « paix par le droit ». Lui qui, au cours des premiers mois de guerre, avait refusé de publier sa revue hors d’Allemagne avait dû se résigner à la déplacer en Suisse au mois d’avril 1915. La censure trop incisive ne lui permettait plus de maintenir une revue digne de ce nom : « J’ai vraiment tout essayé pour éviter cela. Pendant des mois, j’ai supporté avec patience les assauts de la censure berlinoise », expliqua-t-il un peu plus tard dans son Kriegstagebuch [21]. De Berne où il s’était alors installé, il poursuivit son combat pour la conversion de l’Allemagne en une démocratie libérale, milita en faveur d’un régime de « paix par le droit » garanti par des institutions internationales et plaida en faveur d’une fédération des États européens [22]. Romain Rolland qui appréciait la « belle indépendance de jugement » de Fried sans pour autant partager l’intégralité de ses opinions, fut un lecteur attentif de sa revue. L’intérêt était d’ailleurs réciproque. Fried, pour qui la lettre de Rolland à Hauptmann avait « été le premier rayon de lumière au milieu de la guerre », publia dans sa revue une traduction d’Ave, Caesar, morituri te salutant ainsi qu’une étude enthousiaste de la philosophe suédoise Ellen Key (« Die Neutralität der Seelen ») [23].

Pour tous ces étrangers « restés libres au milieu de la servilité générale » [24], Rolland fut non seulement une référence morale supranationale mais aussi un fédérateur de premier ordre dans les initiatives qu’ils prirent, avec une intensité accrue à partir de 1916. Les structures et anciennes formes d’organisation pacifistes internationales étant incapables de réactiver les échanges entre les pacifistes des deux pays [25], c’est donc lui qui fit office de trait d’union jusqu’à la fin de la guerre.

Trois petites revues internationales « patronnées »
par Romain Rolland


Dans les processus de « mobilisation » et de « démobilisation » culturelles bien étudiés ces dernières années, l’année 1916 représente un tournant dont il convient de souligner toute l’importance. Les batailles de Verdun et de la Somme – les deux plus grandes batailles de la Grande Guerre, « et peut-être de tous les temps » [26] – avaient engendré une amertume et une lassitude telles que les gouvernements belligérants s’étaient lancés dans de grandes opérations de remobilisation des esprits. Par effet de ricochet, cette violente secousse propagandistique avait donné une impulsion démobilisatrice très sensible dans certains milieux en même temps qu’elle en avait déterminé d’autres, sur lesquels la guerre n’avait jamais eu de réelle emprise, à intensifier leurs actions de protestation. Cela fut particulièrement vrai pour les intellectuels en dissidence rassemblés autour de Romain Rolland. L’année 1916 fut en effet marquée par le lancement de trois « petites revues » d’obédience certes différente – Le Carmel, Les tablettes et Demain – mais qui, dans leur volonté commune de dévier la haine de l’ennemi sur la guerre elle-même, permirent une circulation des idées unique dans le champ intellectuel de l’époque. Pivot de ces trois « revues-familles » [27], Romain Rolland leur assura un large rayonnement en les honorant de nombreuses publications parmi lesquelles « Aux peuples assassinés » (Demain, novembre-décembre 1916), « La route en lacets qui monte » (Le Carmel, décembre 1916) ou bien encore « Menschen im Krieg » (Les tablettes, décembre 1917) [28]. Par là, il contribua à la constitution de « sociabilités actives » [29] ainsi qu’à l’instauration d’un microclimat favorable à l’idée européenne même si, à ce stade de son cheminement, l’unification du continent ne lui semblait déjà plus être une garantie suffisante à la pérennisation de la paix dans le monde. À la manière de Goethe rangé à la sagesse orientale sous le coup des guerres napoléoniennes, l’horizon de l’auteur du Jean-Christophe s’était élargi au contact du conflit pour s’ouvrir à des perspectives universelles :

« L’heure est venue pour l’homme […] de marcher délibérément vers l’idéal d’une humanité universelle, où les races européennes du Vieux et du Nouveau Continent mettent en commun le trésor de leur âme avec les vieilles civilisations de l’Asie, de l’Inde et de la Chine qui ressuscitent »,

expliquait-il à l’écrivain américain Waldo Frank au mois d’août 1916 [30].

Fondé en février 1916 par Charles Baudouin, Le Carmel se présentait comme « une Montagne intérieure », « un asile » ouvert à toutes les voix « qui ont gardé non pas telle ou telle foi, mais la foi, la simple foi nécessaire dans l’esprit qui est en nous tous, et dans l’humanité, hôtesse de l’esprit » [31]. Au cours de son éphémère publication – elle disparut en 1918 victime de dissensions internes –, ce porte-voix de la dissidence pacifique imprima des textes d’inspiration européenne et renseigna sur l’actualité des nations belligérantes grâce à sa rubrique intitulée « Sons de cloches ». C’est ainsi qu’elle réserva une place de choix à Friedrich Wilhelm Foerster, pourfendeur du militarisme prussien obligé d’émigrer en Suisse après avoir été boycotté par l’Université de Munich [32]. Publiée sur trois numéros, la principale contribution de Foerster (« Une critique allemande de la politique bismarckienne ») était consacrée à la pensée de Constantin Frantz, promoteur d’un fédéralisme d’inspiration catholique dans lequel celui-ci voyait le contrepoint à la tradition hégémonique et centralisatrice représentée par le trio Hegel-Bismarck-Treitschke. Ce texte qui lui avait valu les foudres des nationalistes en même temps que l’amitié de Romain Rolland, avait paru peu auparavant, sous une forme néanmoins bien plus détaillée, dans la Friedens-Warte d’Alfred Hermann Fried [33]. Les contacts entre les deux revues étaient donc étroits. Fried lui-même y exposa d’ailleurs ses théories sur la guerre et l’établissement d’une paix mondiale, assurant ainsi une plus large diffusion à des idées elles aussi fortement controversées [34]. Les prises de position de Foerster et de Fried furent relayées par des textes de facture littéraire résolument favorables à l’idée d’Europe unie tels ceux d’Adolphe Ferrière ou bien encore de Stefan Zweig. Ce dernier y publia en 1916 une légende d’inspiration biblique aux visées utopiques (« La Tour de Babel ») qui parut simultanément en allemand dans l’Internationale Rundschau, revue de médiation pilotée par des pacifistes autrichiens depuis Zurich [35].

Moins denses, Les tablettes de Jean Salives (alias Claude Le Maguet) et de Frans Masereel – artiste expressionniste d’origine flamande qui donna nombre de xylographies engagées à la revue – se rattachèrent à la philosophie de la non-violence inspirée par Tolstoï après une première phase marquée par les idées anarchistes [36]. La feuille aujourd’hui quasiment introuvable, milita pendant plus de deux ans en faveur d’un arrêt des hostilités, notamment par le truchement de ses rubriques « Réagissons » et « Des vérités. » Elle ouvrit par ailleurs largement ses colonnes aux écrits d’Alfred Hermann Fried, d’Henri Guilbeaux et de Stefan Zweig. Les tablettes se firent aussi l’écho des préoccupations de la revue de Baudouin en imprimant sur deux numéros, un plaidoyer européen de Léon Balzagette, grand médiateur entre les cultures, biographe et traducteur de Walt Whitman auquel Stefan Zweig vouait une profonde amitié [37]. En décembre 1916 – voilà peut-être l’une de ses plus remarquables réalisations –, elle publia une impressionnante série de bois de Frans Masereel (« Une Danse macabre ») à laquelle Pierre Jean Jouve répondit par une « Danse des Morts », imprimée dans Le Carmel et exprimant elle aussi l’atrocité protéiforme de la guerre [38].

Arrivé à Genève en 1915 grâce à l’entremise d’Henri Guilbeaux – pour lequel il réalisa d’ailleurs la maquette de couverture de Demain –, Masereel s’employa à mettre son art au service du pacifisme intégral. En élaborant un style net et coupant, en jouant des contrastes du noir et du blanc pour mieux faire ressortir les antagonismes selon lesquels il interprétait le réel, il développa une vision apocalyptique de la guerre inspirée des Imagines Mortis de Hans Holbein Le Jeune et proche de celles véhiculées par certains de ses contemporains parmi lesquels Otto Dix, Otto Wirsching ou bien encore Hugo Ball [39]. La dénonciation de la guerre, de ses profiteurs et de ses instigateurs était souvent exacerbée par l’adjonction d’une légende lapidaire et foudroyante dont Masereel se promettait un fort impact démobilisateur au moment où les belligérants étaient gagnés par des grèves et des mutineries à répétition. L’effet produit par son imagerie et sa rhétorique – effet suffisamment important pour lui valoir d’être qualifié de défaitiste par les Cahiers de l’Anti-France [40] – fut encore rehaussé par le procédé auquel il eut recours pour fixer son langage pacifiste : la xylographie, un procédé remontant au XIVe siècle et qu’il sut admirablement réactualiser pour en faire une arme au service de son œuvre de guerre à la guerre. Dans son Journal, Romain Rolland ne tarit pas d’éloges sur ce jeune artiste belge auquel il demanda même d’illustrer quelques-unes de ses œuvres parmi lesquelles Aux peuples assassinés (lors de sa sortie en brochure en janvier 1918), Liluli ou bien encore Jean-Christophe [41]. « Le bon géant Frans Masereel m’est encore plus sympathique qu’à sa dernière visite », écrivait-il en septembre 1918 avant de réitérer ses éloges quelques mois plus tard en ces termes : « C’est un vrai plaisir d’avoir affaire à un grand artiste qui est un homme intelligent » [42].


Romain Rolland et Frans Masereel


Si Le Carmel et Les tablettes firent l’objet de critiques virulentes en France, c’est surtout Demain, périodique fondé par Henri Guilbeaux afin de « défendre le territoire de la pensée abandonné partout à l’ennemi nationaliste » [43], qui focalisa l’attention et suscita les plus violentes réactions. L’impétuosité et la verve polémique de cet enfant terrible du pacifisme d’extrême gauche furent pour Romain Rolland – qui n’apprécia guère d’être mis en vedette dans chaque numéro [44] – une source permanente d’inquiétudes. La revue de Guilbeaux était en effet une cible facile pour des autorités françaises qui eurent d’ailleurs beau jeu de la rapprocher de Rolland et de son prétendu « défaitisme » [45].

Demain (1916-1918) était l’organe principal des expatriés français à Genève, une des rares plateformes où l’on était informé de ce qui se passait en Europe à un moment où la censure muselait les voix dissidentes. Comme ce fut le cas de Charles Baudouin et de son Carmel, Henri Guilbeaux bénéficia du formidable réseau européen qui s’était formé autour de Romain Rolland ainsi que des relations que ses passeurs entretenaient notamment avec La Vie ouvrière et la Société d’études documentaires et critiques de la guerre  : « Il nous donna ce dont nous avions besoin : un pôle de discussions internationales et transnationales pendant la guerre », explique Stefan Zweig dans ses mémoires avant de poursuivre,

« Rolland le soutint de la coulisse. Ce fut déterminant pour la revue car grâce à son autorité morale et à ses relations, il put lui amener les plus importants collaborateurs d’Europe, des États-Unis et d’Inde » [46].

Conçue comme foyer d’opposition à la guerre sans autre programme que le combat pour la paix, Demain mua en un organe favorable au zimmerwaldisme lorsque Guilbeaux se rendit à Kienthal (avril 1916) [47]. Cette évolution accompagnée d’une descente dans la violence radicale ne fut pas pour rassurer les autorités françaises qui voyaient en Guilbeaux un « meneur de révolte » d’autant plus dangereux qu’il venait de signer le protocole de transfert de Lénine vers une Russie en pleine liquéfaction [48]. La revue resta néanmoins ouverte à la multiplicité des opinions. Elle continua d’informer ses lecteurs de l’actualité européenne et des activités des revues – la Friedens-Warte de Fried par exemple –, associations et personnalités qui militaient en faveur d’une sortie rapide du conflit. Pour ce faire, elle put s’appuyer sur plusieurs rubriques telles que celles intitulées « Actes et paroles », « En marge de la presse et des périodiques », « La vie politique et sociale », « Les organisations » ou bien encore « Parmi les livres ».

Malgré des différences notables liées à leur orientation idéologique respective, les sommaires de ces trois petites revues placées sous le patronage moral de Romain Rolland font donc apparaître des convergences thématiques évidentes. Ils témoignent à eux seuls de l’impact de son message sur les forces en rupture avec l’Union sacrée ou le Burgfrieden. Mais ils démontrent surtout le rôle qu’il joua dans le processus de démobilisation culturel ainsi que dans le rétablissement du dialogue franco-allemand bien avant que la « déprise de la guerre » [49] – c’est-à-dire le passage progressif d’une culture de guerre à une culture de paix – ne permette la multiplication des contacts entre les deux pays. La posture de Romain Rolland ne doit cependant pas être simplifiée à outrance : « Il n’est jamais aussi simple que vous voulez le supposer » se plaisait à répéter Pierre Jean Jouve à son propos. [50] Si les liens qui l’unissaient à sa jeune « petite troupe d’amis » semblent avoir résisté à l’épreuve des divergences idéologiques, les relations qu’il entretint avec l’ « Autre Allemagne » furent autrement plus complexes, souvent marquées par de grandes désillusions, d’un côté comme de l’autre.

Romain Rolland en dialogue avec l’« Autre Allemagne »

« Il est bien triste de perdre peu à peu sa confiance dans le peu d’hommes qu’on voudrait estimer » confiait Romain Rolland à son Journal après avoir appris que les convictions pacifistes de Wilhelm Herzog – le directeur de Das Forum – n’étaient pas aussi solides qu’il le croyait [51]. Cette remarque formulée alors qu’il traversait une période de profond découragement (août 1915) illustre un phénomène dominant dans son rapport aux forces protestataires allemandes. L’attraction qu’il exerça sur celles-ci ne fut en effet que très rarement couronnée d’échanges suivis. C’est ce que nous nous proposons à présent d’expliquer à travers la présentation des relations qu’il entretint avec deux pacifistes parmi les plus importants de leur époque : Friedrich Wilhelm Foerster et Georg Friedrich Nicolaï.

Le pédagogue Friedrich Wilhelm Foerster s’était fait très tôt remarquer pour ses prises de position particulièrement téméraires. Même s’il n’avait consacré qu’une modeste partie de son activité à la discussion des problèmes de son époque, les quelques critiques qu’il avait formulées à l’encontre de Bismarck et de Guillaume II lui avaient valu de violentes réactions de la part de ses compatriotes. Harcelé et démis de ses fonctions de professeur suite à deux crimes de lèse-majesté (1895 et 1897), il avait fini par accepter un poste à Zurich, ville dans laquelle il s’établit pour près de quinze ans. Gonflée par de nombreuses publications, sa notoriété était allée sans cesse croissante. Après un bref passage à Vienne (1913), l’Université de Munich l’avait rappelé mais son retour au pays s’était soldé par un échec pour le moins retentissant. En mobilisant la grande majorité des forces intellectuelles pour la défense de la patrie, le conflit avait fait de ce « pacifiste “combatif” pro-français » [52] un parasite dont il fallait se débarrasser avant qu’il ne porte préjudice à l’effort de guerre. Boycotté par ses étudiants, Foerster avait dû une nouvelle fois s’expatrier en Suisse, « un îlot de paix et de communion pour les trois races qui y sont unies, un symbole de ce que sera l’Europe du futur » [53]. De là, il poursuivit la résistance contre le régime wilhelminien par le biais d’écrits dans lesquels il milita pour une conversion radicale de l’Allemagne et dénonça la responsabilité de son pays dans le déclenchement des hostilités [54]. En position de complète extériorité depuis 1916, cet acteur de la contestation fut considéré comme un membre potentiel de l’équipe qui prendrait la relève de la monarchie des Hohenzollern une fois celle-ci déchue. Comme nombre de militants pacifistes – Hellmut von Gerlach, Walter Schücking ou bien encore Ernst Toller pour n’en citer que quelques-uns –, il profita des attentes qui s’étaient emparées des populations allemandes à la fin de la guerre pour devenir, le temps d’un bref intermède, acteur du pouvoir et officier en tant qu’ambassadeur de Bavière en Suisse [55].

Romain Rolland qui lisait régulièrement Le Carmel et la Friedens-Warte, avait accueilli avec beaucoup de sympathie l’article choc que Foerster avait consacré à Constantin Frantz ainsi qu’à la critique de l’unitarisme bismarckien : « Avant de vous connaître, je faisais des vœux pour que de tels accents s’élevassent d’Allemagne » lui confia-t-il en septembre 1916 parlant de ce fameux article, « je savais qu’ils s’élèveraient. Je suis heureux de les avoir entendus » [56]. Très attentif à l’activité du professeur allemand, il le rencontra à l’automne de cette même année, encouragé par Paul Seippel qui eut à cœur d’insister sur leur communauté d’esprit : « Sa situation en Allemagne est absolument la même que la vôtre en France. Vous êtes faits pour vous tendre la main » [57]. Rolland qui se promettait beaucoup de cette visite ne put que constater le fossé idéologique qui le séparait de son interlocuteur. Lui qui était en quête d’hommes d’action capables de combattre efficacement la guerre et de proposer des solutions politiques précises au problème allemand, trouva en face de lui un jusqu’auboutiste abstrait et dogmatisant dont il regretta surtout qu’il fût par trop éloigné des « réalité[s] pressante[s] et saignante[s] » [58]. Aucun lien ne fut noué et les deux hommes n’échangèrent plus aucune correspondance jusqu’à la fin de la guerre.

Même si ces discordances méritent d’être relativisées – Foerster n’apposa-t-il pas sa signature au bas de la « Déclaration d’Indépendance de l’Esprit » ? –, elles n’en demeurent pas moins symptomatiques des relations que Romain Rolland entretint avec nombre de pacifistes réfugiés à Zurich. S’il ne partageait ni leur germanophobie ni la partialité dont ils pouvaient faire montre à l’égard des pays ennemis, il répudiait surtout leur manière d’envisager leur opposition à la guerre depuis la Suisse où ils étaient « bien à l’abri » [59]. Le compte rendu critique que Frans Masereel et Pierre Jean Jouve lui firent de leur visite à Zurich en décembre 1917 vint confirmer les griefs qu’il avait formulés à diverses reprises à l’encontre de cette « résistance en pantoufles » [60].

Avec une intensité plus marquée lorsque l’organisation de la paix future commença à s’imposer à l’attention, Romain Rolland chercha le contact avec des libéraux – « la nuance Foerster » comme il se plaisait à dire [61] – à même d’apporter des réponses concrètes aux exigences d’action données par la situation. C’est ainsi qu’il marqua un intérêt tout particulier pour Wilhelm Muehlon, ancien directeur de la section de l’armement aux usines Krupp, connu pour avoir dénoncé la responsabilité du pouvoir impérial dans le déclenchement de la guerre via un mémorandum en partie publié dans le Journal de Genève [62]. Si Rolland suivit aussi de près l’activité du comte de Montgelas – général bavarois disgracié pour avoir critiqué Falkenhayn et la conduite des armées allemandes sur le front Ouest [63] –, c’est surtout Georg Friedrich Nicolaï qui focalisa son attention pour avoir « osé faire le procès de l’Allemagne d’aujourd’hui et risquer [sa vie] pour [ses] convictions » [64].

Physiologiste et professeur à l’Université de Berlin, Georg Friedrich Nicolaï avait été démis de ses fonctions peu après le début de la guerre pour avoir opposé au fameux Aufruf an die Kulturwelt une publication symboliquement intitulée Aufruf an die Europäer. Ce texte cosigné par Wilhelm Foerster – le père de Friedrich Wilhelm –, Albert Einstein et Otto Bueck, avait valu à son principal artisan d’être enfermé dans la forteresse de Graudenz (actuelle Pologne). C’est là que Nicolaï y avait rédigé un ouvrage considéré comme l’une des plus importantes productions du pacifisme allemand des années 1914-1918, Die Biologie des Krieges [65]. Développant les idées qu’il avait sommairement présentées dans son Aufruf an die Europäer, il y montrait que la guerre conduirait les puissances qui la faisaient dans une impasse où il n’y aurait pas de vainqueurs, seulement des vaincus. Seule la mise en place de ce qu’il appelait « une institution européenne responsable », lui semblait de nature à garantir une paix durable au continent [66]. Interdit de publication en Allemagne, ce texte avait été introduit en Suisse grâce à l’entremise de l’écrivain Leonhard Frank. Orell Füssli, une maison « ayant une politique volontariste de soutien aux publications d’auteurs des pays en guerre aux positions pacifistes ou, à tout le moins, critiques vis-à-vis du gouvernement », prit alors l’initiative de l’imprimer sans même en informer l’auteur [67]. Après s’être de nouveau heurté aux autorités allemandes, Nicolaï fit sensation en s’enfuyant à Copenhague en aéroplane. C’est là qu’il lança une revue au titre lui aussi très révélateur de ses préoccupations : Das werdende Europa [68]. Romain Rolland qui admirait Nicolaï pour le courage dont il avait fait preuve lors sa rocambolesque évasion, accepta d’y participer « à titre de collaborateur libre ». À ce titre, il lui fit parvenir plusieurs textes dont un chapitre extrait de son roman publié en 1917, Un contre tous, ainsi que la version allemande de « La route en lacets qui monte » [69].

Même s’il ne partageait pas son eurocentrisme et son anglophobie, Romain Rolland avait été très impressionné par le texte de Nicolaï, à ses yeux, « l’œuvre la plus marquante qui ait émergé de ces trois criminelles années » [70]. Fin 1917, il lui consacra un compte rendu dans lequel il prit néanmoins soin de souligner leurs différences de vue en matière de construction européenne. Publié dans Demain, ce texte – doublé, un peu plus tard, d’une publication dans Wissen und Leben – permit d’« introduire » la pensée de Nicolaï en France peu avant que ses écrits n’y fassent l’objet d’une interdiction [71]. Dithyrambique, Rolland présenta le pacifiste allemand comme un modèle dont l’optimisme devait permettre d’impulser une dynamique constructive et de fédérer les opposants à la guerre :

« Cette force de confiance rayonne à travers tout son livre. C’est par là qu’il agit plus encore que par ses idées. Il vaut comme stimulant et comme tonique moral. Il éveille et il délivre. Les âmes se grouperont autour de lui, parce qu’en ces ténèbres du monde, où elles errent incertaines et glacées, il est un foyer de joie et de chaud optimisme » [72].

Le contact entre les deux hommes qui s’admiraient mutuellement –Nicolaï lui avait même demandé de rédiger la préface à la seconde édition de Die Biologie des Krieges – fut établi au cours de l’été 1918 [73]. La première rencontre eut lieu en mars 1919 alors que l’organisation de la paix était entrée dans le champ de l’expérience concrète et que Nicolaï multipliait les initiatives en faveur d’une réconciliation franco-allemande [74]. Après la conversion de Montgelas au nationalisme ambiant (hiver 1919), il fut l’un des rares Allemands auquel Rolland accorda un réel crédit. C’est avec lui qu’il affina son projet de « Déclaration d’Indépendance de l’Esprit » et établit une liste préliminaire de personnes à qui l’adresser. C’est encore lui qui se chargea de traduire le texte en allemand pour lui donner un plus fort impact dans une Allemagne en pleines convulsions révolutionnaires [75]. La liste des signataires publiée dans L’Humanité du 26 juin 1919 faisait apparaître un nombre considérable d’Allemands, parmi lesquels des pacifistes dont Romain Rolland s’était distancié pendant la guerre (sans jamais les dénigrer ouvertement) [76]. C’est par exemple le cas de Friedrich Wilhelm Foerster dont la seule présence permet de relativiser les griefs qu’il put formuler à l’encontre de certains représentants de l’« Autre Allemagne ». Rolland ne disait-il pas de sa mission qu’elle consistait à réaliser « l’union de tous les hommes de bonne volonté » disposés à travailler à la reconstruction de l’Europe et plus largement, à l’établissement d’un nouvel ordre mondial ? [77]

Éléments de conclusion

« Ne brisez pas tous les ponts, puisqu’il nous faudra traverser la rivière. Ne détruisez pas l’avenir » avait écrit Romain Rolland dans sa « Lettre à ceux qui m’accusent » [78]. Pôle de répulsion pour une grande majorité de Français et d’Allemands attachée à maintenir coûte que coûte le consensus national, il fut aussi un formidable point de ralliement pour les forces qui s’opposaient aux contraintes mentales nées des cultures de guerre. Trait d’union entre des colonies de réfugiés travaillées par de nombreuses divergences, son action et son rayonnement permirent l’instauration d’un microclimat favorable à l’idée d’Europe unie, une idée aux contours encore très incertains, aux acceptions multiples mais qui s’imposait déjà à cette minorité dissidente comme une évidence. En décalage complet avec « la pièce pleine de “bruit et de fureur” qui se jou[ait] sur le devant de la scène » [79], le chœur de clercs franco-allemand qu’il permit de fédérer, trouva dans les revues suisses (Wissen und Leben), ou transportées en Suisse pour cause de censure (Die Friedens-Warte, Die Weissen Blätter) ou fondées ex nihilo (Le Carmel, Les tablettes, Demain) un lieu d’expression privilégié dont le rôle n’a pas encore été apprécié dans sa globalité. Sous l’action de divers facteurs – le besoin de paix et le « syndrome de Verdun » pour n’évoquer que les plus significatifs –, ce microclimat se transforma ensuite en une « zone culturelle » dont l’extension maximale fut atteinte à la fin des années 1920 lorsqu’Aristide Briand proposa à la tribune de la SDN la création d’une « sorte de lien fédéral » entre les États européens [80]. Si l’après-guerre – et plus particulièrement l’immédiat après-guerre – eut une importance capitale dans l’histoire de l’éphémère réconciliation européenne [81], la fin du conflit n’en a pas moins joué un rôle tout aussi décisif. L’influence exercée par Romain Rolland sur son époque et la dynamique pro-européenne que ce « multiplicateur » [82] enclencha, en sont peut-être l’un des meilleurs révélateurs.

[1] Étienne François, « Les vertus du bilatéral », Vingtième siècle. Revue d’histoire, juillet-septembre 2001, p. 91-95, ici p. 91.

[2] John Horne, « Kulturelle Demobilmachung 1919-1939 », dans Wolfgang Hardtwig (dir.), Politische Kulturgeschichte der Zwischenkriegszeit 1918-1939, Göttingen, Vandehoeck & Ruprecht, 2005, p. 129-150.

[3] Selon le mot de Jean-Baptiste Duroselle. Cité par : Yaël Dagan, La NRF entre guerre et paix, Paris, Tallandier, 2008, p. 89.

[4] Raymond Poidevin, Jacques Bariéty, Les relations franco-allemandes 1815-1975, Paris, Armand Colin, 1977, p. 220.

[5] Antoine Prost, Jay Winter, Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie. L’histoire en débats, Paris, Seuil, 2004, p. 42-50.

[6] Selon les mots de Jacques Revel (cité par Stéphane Audoin-Rouzeau : « Micro-histoire et histoire culturelle de la Grande Guerre : apports et limites d’une approche », dans Jean-Jacques Becker (dir.) : Histoire culturelle de la Grande Guerre, Paris, Armand Colin, 2005, p. 231-238, ici p. 232).

[7] Deux termes recelant un potentiel sémantique considérable.

[8] Christophe Prochasson, Les intellectuels, le socialisme et la guerre 1900-1938, Paris, Seuil, 1993, p. 162.

[9] Herbert Lüthy fait bien entendu allusion à Zimmerwald et Kienthal, deux villages de l’Oberland bernois qui furent en 1915 et 1916 le théâtre de deux conférences socialistes internationales dont il fut beaucoup question dans l’histoire du mouvement ouvrier. À l’époque, elles n’eurent cependant que très peu d’échos (« La Suisse des deux après-guerres », Der Weg der Schweiz. Jahrbuch der Neuen Helvetischen Gesellschaft, n° 35, 1964, p. 63-75, ici p. 64).

[10] Marie-Claire Hoock-Demarle, L’Europe des lettres. Réseaux épistolaires et construction de l’espace européen, Paris, Albin Michel, 2008, p. 137-141.

[11] Jean-Louis [Jean de Saint-Prix], « Lettre aux Suisses », Les tablettes, n° 13, 1917, p. 5-7, ici p. 6.

[12] Voir notre article : « À la recherche d’une paix de compromis : Kessler, Haguenin et la diplomatie secrète de l’hiver 1916-1917 », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 11, mai-août 2010, http://www.histoire-politique.fr

[13] Ville de Bâle. Universitätsbibliothek. Fonds Paul Häberlin, 119 : 10 c, I D, janvier 1915 (Lettre de Romain Rolland à Paul Häberlin, [s.l.], 18 janvier 1915 ; sur l’histoire de cette revue morte avant même d’avoir vu le jour sous sa forme initiale, voir notre article : « La neutralité suisse à l’épreuve de la Première Guerre mondiale. L’Internationale Rundschau, une entreprise de médiation internationale “torpillée” par la France (1914-1915) », Histoire@Politique. Politique, culture, société, septembre-décembre 2010, http://www.histoire-politique.fr

[14] Romain Rolland, Les Précurseurs, Paris, Éditions de l’Humanité, 1919, p. 7.

[15] Id., Journal des années de guerre 1914-1919. Notes et documents pour servir à l’histoire morale de l’Europe de ce temps, Paris, Albin Michel, 1952, p. 1400.

[16] « Der Verwegenste und Tapferste im Krieg gegen den Krieg. » Selon le mot de Stefan Zweig, Die Welt von gestern. Erinnerungen eines Europäers, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 1976 [1re édition : 1944], p. 199.

[17] Henri Guilbeaux, Anthologie des lyriques allemands depuis Nietzsche, Paris, Figuière & Cie, 1913 ; Geneviève Bianquis, La poésie autrichienne de Hofmannsthal à Rilke, Paris, PUF, 1926 ; Félix Bertaux, Panorama de la littérature allemande, Paris, Kra, 1928.

[18] Jean-Pierre Meylan, « Romain Rolland et Henri Guilbeaux. Un parcours commun –des itinéraires divergents (1914-1918) », Cahiers de Brèves, n° 20, décembre 2007, p. 18-23.

[19] Extrait de son article « Pro Aris » (Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée, Paris, Paul Ollendorff, 1915, p. 9-20, ici, p. 13).

[20] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1374-1380.

[21] « Ich habe mich wahrlich mit Händen und Füβen dagegen gewehrt. Monatelang habe ich geduldig die Eingriffe der Berliner Zensur ertragen » (Hermann Fried, Mein Kriegstagebuch. 7. August 1914 bis 30. Juni 1919, Brême, Donat, 2005, p. 123).

[22] En 1915, Fried publia d’ailleurs un ouvrage centré sur cette idée : Europäische Wierderherstellung, Zurich, Orell Füssli. Sur Fried et sa revue : Anne-Marie Saint-Gille, « La paix par les textes : le pacifisme d’Alfred Hermann Fried (1864-1921) », dans [Collectif], Mélanges pour Marie-Hélène Pérennec, http://langues.univ-lyon2.fr/sites/... [consulté le 26 avril 2010], p. 1-6.

[23] Cet article de Key est paru dans le numéro d’août-septembre 1916 de Die Friedens-Warte. La traduction du texte de Rolland fut publiée en mai 1917 (Ibid., p. 903 et 1197). Pour la citation : R. Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 502. Die Friedens-Warte avait manifesté très tôt son intérêt pour Rolland. Avant même la guerre, la revue avait publié des articles de Key qui lui étaient consacrés (Eva-Karin Josefson, « Romain Rolland en Suède », Europe. Revue littéraire mensuelle, n° 942, octobre 2007, p. 168-175.

[24] Selon le mot de René Schickelé (R. Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 514).

[25] Sophie Lorrain, Des pacifistes français et allemands, pionniers de l’entente franco-allemande 1870-1925, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 143-144.

[26] Jean-Jacques Becker, Gerd Krumeich, La Grande Guerre. Une histoire franco-allemande, Paris, Tallandier, 2008, p. 214-220.

[27] Pour reprendre la terminologie de Christophe Prochasson, Les intellectuels, le socialisme et la guerre 1900-1938…, op. cit., p. 142).

[28] Ces articles ont été rassemblés dans Les Précurseurs. Certains ont ensuite été publiés en allemand (Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1624).

[29] Par « sociabilité active », nous entendons à la suite de Michel Trebitsch, « une pratique relationnelle structurée par un choix, avec des objectifs précis d’ordre politique, idéologique, esthétique, etc. » (Michel Trebitsch, « Avant-propos : La chapelle, le clan et le microcosme », Cahiers de l’Institut d’Histoire du Temps Présent, n° 20, mars 1992, p. 11-21, ici p. 13).

[30] Romain Rolland, op. cit., p. 867.

[31] [La direction], « À nos lecteurs », Le Carmel. Revue mensuelle de littérature, de philosophie et d’art, n° 1, 1916, p. 1 ; sur la revue : Antoinette Blum, « L’Europe vue du Carmel (1916-1918) », Équinoxe, n° 17, 1997, p. 37-53.

[32] Sur cet épisode : Friedrich Wilhelm Foerster, Erlebte Weltgeschichte. Memoiren, Nuremberg, Glock und Lutz, 1953, p. 187-193.

[33] Friedrich Wilhelm Foerster, « Une critique allemande de la politique bismarckienne », Le Carmel. Revue mensuelle de littérature, de philosophie et d’art, n° 1, 1916, p. 15-16, 30-31 et 49-50 ; « Bismarcks im Lichte der großdeutschen Kritik », Die Friedenswarte. Blätter für zwischenstaatliche Organisation, n° 18, janvier 1916, p. 1-9.

[34] Voir par exemple : Alfred Hermann Fried, « De la guerre mondiale à la paix mondiale », Le Carmel. Revue mensuelle de littérature, de philosophie et d’art, n° 1, 1916, p. 93-94.

[35] Stefan Zweig, « La Tour de Babel », Le Carmel. Revue mensuelle de littérature, de philosophie et d’art, n° 1, 1916, p. 17-18 et p. 31-32 ; « Der Turm zu Babel », Internationale Rundschau, n° 2, 1916, p. 266-270. Pour l’article de Ferrière : « Ma patrie l’Europe », Le Carmel. Revue mensuelle de littérature, de philosophie et d’art, n° 1, 1916, p. 64-66 et p. 86-90.

[36] Nicole Racine, [Notice biographique consacrée à Claude Le Maguet (dit Jean Salives)], dans Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Tome xxxiv. Lea à Liz. Quatrième partie : 1914-1939. De la Première à la Seconde Guerre mondiale, Paris, Les Éditions ouvrières, 1989, p. 212.

[37] Léon Balzagette, « Europe », Les tablettes, n° 2, janvier-février 1918. La biographie de Balzagette (Walt Whitman, l’homme et son œuvre, Paris, Mercure de France) parut en 1908. La traduction de Leaves of Grass sortit l’année suivante. Après la guerre, Balzagette fut l’un des grands traducteurs-chroniqueurs de la revue Europe.

[38] Frans Masereel, « Une Danse macabre », Les tablettes, n° 1, décembre 1916 ; Pierre Jean Jouve, « Danse des Morts », Le Carmel. Revue mensuelle de littérature, de philosophie et d’art, n° 2, 1917. La guerre donna une grande « notoriété » à cette tradition remontant à la grande épidémie de peste du xive siècle appelée aussi « Mort noire » ([collectif], L’autre Allemagne : rêver la paix (1914-1924), Milan, 5 Continents, 2008, p. 105-106).

[39] Joris van Parys, Frans Masereel. Une biographie, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, 2008, p. 41-81.

[40] [Jean Maxe], « L’alliance du défaitisme et du bolchévisme en Suisse (1914-1919) », Cahiers de l’Anti-France, n° 2, Paris, Bossard, 1922, p. 122-123.

[41] Pour Liluli et Jean-Christophe, il s’agissait des éditions de luxe (Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1395, 1718-1719).

[42] Ibid., p. 1615 et p. 1718.

[43] Selon les mots de Guilbeaux (Nicole Racine, [Notice biographique consacrée à Henri Guilbeaux] dans Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier…, op. cit., p. 86).

[44] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 662-663.

[45] René Cheval, Romain Rolland, l’Allemagne et la guerre, Paris, PUF, 1963, p. 594-601.

[46] « Er gab, was wir brauchten : ein Zentrum der internationalen, der übernationalen Diskussion mitten im Krieg […] Daβ Rolland sich hinter ihn stellte, entschied die Bedeutung der Zeitschrift, denn dank seiner moralischen Autorität und seiner Verbindungen konnte er ihm die wertvollsten Mitarbeiter aus Europa, Amerika und Indien bringen » (Stefan Zweig, Die Welt von gestern. Erinnerungen eines Europäers, op. cit., p. 198 ; Jean-Pierre Meylan, « Romain Rolland et Henri Guilbeaux »…., op. cit., p. 19-20).

[47] Le zimmerwaldisme désigne l’idéologie développée dans le manifeste rédigé à l’issue de la première conférence socialiste internationale de Zimmerwald (septembre 1915). Celui-ci dénonçait le caractère impérialiste, chauviniste et militariste de la guerre. Il appelait par ailleurs les travailleurs à s’unir pour imposer une paix blanche aux gouvernements des pays belligérants.

[48] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1148-1156 ; Jean-Pierre Meylan, « Romain Rolland face à la politique en 1918 – un retour dans la mêlée. Six lettres à Henri Guilbeaux, saisies par la justice à Genève », Cahiers de Brèves, n° 21, juin 2008, p. 16-20, ici p. 16.

[49] Bruno Cabanes, Guillaume Piketty, « Sortir de la guerre : jalons pour une histoire en chantier », Histoire@Politique. Politique, culture, société 3, 2007, http://www.histoire-politique.fr

[50] Pierre Jean Jouve, Romain Rolland vivant, Paris, Ollendorff, 1920.

[51] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 469. La revue avait publié de larges extraits d’Au-dessus de la mêlée au mois de janvier 1915 (ibid., p. 210).

[52] Selon le mot d’Ilde Gorguet (Les mouvements pacifistes et la réconciliation franco-allemande dans les années vingt (1919-1931), Berne, Peter Lang, 1999, p. 77).

[53] « Ein Asyl des Friedens und der übernationalen Gemeinschaft der drei Rassen, die in ihr vereinigt waren. […] ein Symbol der europäischen Zukunft » (Friedrich Wilhelm Foerster, Erlebte Weltgeschichte. Memoiren…, op. cit., p. 193).

[54] Sur Foerster, se reporter à notre ouvrage : La Revue de Genève, les relations franco-allemandes et l’idée d’Europe unie (1920-1925), Genève, Slatkine, 2009, p. 95-98.

[55] Friedrich Wilhelm Foerster, Erlebte Weltgeschichte. Memoiren…, op. cit., p. 211-214 ; Karl Holl, « La révolution de novembre 1918 en Allemagne et les pacifistes : chances et illusions », L’Europe en 1919 : pacifisme et révolution, http://www.henri-barbusse.net/collo....

[56] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 644 et p. 906 [pour la citation].

[57] Ibid., p. 737.

[58] Ibid., p. 928-939 [p. 934 pour la citation]. Sur le jusqu’auboutisme de Foerster, se reporter à ses Mémoires (Erlebte Weltgeschichte. Memoiren, op. cit., p. 185-186).

[59] Voir le constat que Rolland dresse de ses échanges avec Einstein (Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1286). Pour la citation : ibid., p. 1547.

[60] Pour reprendre l’expression de René Cheval (Romain Rolland, l’Allemagne et la guerre, Paris, PUF, 1963, p. 653). Parlant du défaitiste Leonhard Frank qui venait de toucher une somme substantielle pour la publication de cinq nouvelles (Der Mensch ist gut), Jouve lui déclara : « il passe les après-midi au café Odéon, avec les autres révoltés de son espèce, dans des fauteuils de marbre, à couvrir de sarcasmes et d’imprécations la guerre et les gouvernements, en mangeant des petits gâteaux » (Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1379).

[61] René Cheval, op. cit., p. 662.

[62] Joseph Reinach (dir.), Le mémoire Lichnowsky et les documents Muehlon, Paris-Nancy, Librairie militaire Berger-Levrault, 1918, p. 79-93. Ce texte avait fait forte impression en Allemagne où il avait réussi à pénétrer malgré les assauts de la censure (Käthe Kollwitz, Die Tagebücher 1908-1943, Munich, BTB, 2007, p. 358-360).

[63] Detlef Vogel, « Max Graf Montgelas (1860-1944) – Ein Offizier im Spannungsfeld zwischen nationalen Ansprüchen und Menschlichkeit », dans Wolfram Wette (dir.), Pazifistische Offiziere in Deutschland 1871-1933, Brême, Donat Verl., 1999, p. 83-97.

[64] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1524.

[65] Bernhard vom Brocke, « “An die Europäer”. Der Fall Nicolaï und die Biologie des Krieges. Zur Entstehung und Wirkungsgeschichte eines unzeitgemäßen Buches », Historische Zeitschrift, n° 240, avril 1985, p. 363-375, ici p. 363.

[66] « Eine verantwortliche europäische Institution », ibid., p. 368-371.

[67] Anne-Marie Saint-Gille, « L’“offensive de la vérité” : Le Journal des premiers mois de guerre de Wilhelm Muehlon », dans Pierre Béhar, Françoise Lartillot, Uwe Puschner (dir.), Médiation et conviction. Mélanges offerts à Michel Grunewald, Paris, L’Harmattan, 2007, p. 637-658, ici p. 641. Orell Füssli éditait aussi Die Friedens-Warte, Wissen und Leben et l’Internationale Rundschau.

[68] Bernhard vom Brocke, « “An die Europäer”… », art. cit., p. 365-366.

[69] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1599 et 1624.

[70] Ibid., p. 1579.

[71] Romain Rolland, « Un grand Européen : G.-F. Nicolaï », Demain, n° 2, octobre 1917, p. 337-357 et novembre 1917, p. 13-30 ; « Un appel aux Européens », Wissen und Leben xxi (1er octobre 1918 – 15 septembre 1919), p. 66 sq. ; Bernhard vom Brocke, « “An die Europäer”… », art. cit., p. 370.

[72] Romain Rolland, « Un grand Européen : G.-F. Nicolaï »…, art. cit., 2, p. 29-30.

[73] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1579.

[74] Helmut Donat, Karl Holl (dir.), Die Friedensbewegung. Organisierter Pazifismus in Deutschland, Österreich und in der Schweiz, Düsseldorf, Econ Taschenbuch Verl, 1983, p. 281-283. Ainsi que : Käthe Kollwitz, Die Tagebücher 1908-1943…, op. cit., p. 400.

[75] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1756-1771 ; Karl Holl, « La révolution de novembre 1918 en Allemagne et les pacifistes : chances et illusions »…, art. cit…

[76] René Cheval en dénombre 617 (Romain Rolland, l’Allemagne et la guerre…, op. cit., p. 698).

[77] Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1919…, op. cit., p. 1253 [pour la citation]. Cette posture constitua le socle de son projet de revue internationale, la future Europe (Nicole Racine, « La revue Europe (1923-1939). Du pacifisme rollandien à l’antifascisme compagnon de route », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 30, 1993, p. 21-26, ici p. 21).

[78] Extrait de la « Lettre à ceux qui m’accusent » (Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée, p. 75-83, ici p. 83).

[79] Jean-François Sirinelli, « Les intellectuels », dans René Rémond (dir.), Pour une histoire politique, Paris, Seuil, 1988, p. 199–231, ici p. 231.

[80] Nous avons ici recours à la terminologie de Robert Frank (« Une histoire problématique, une histoire du temps présent », Vingtième siècle. Revue d’histoire, juillet-septembre 2001, p. 79-89, ici p. 86-87) et de Jean-François Sirinelli (« Les intellectuels »…, art. cit., p. 227).

[81] Comme l’a montré John Horne dans un article consacré à l’après-1918, à l’après-1945 ainsi qu’à l’après-1989 (« Guerres et réconciliations européennes au 20e siècle », Vingtième siècle. Revue d’histoire, octobre-décembre 2009, p. 3-15).

[82] Pour reprendre la terminologie de Nicolas Beaupré (Das Trauma des großen Krieges 1918-1932-1933. Deutsch-Französische Geschichte viii, Darmstadt, WGB, 2009, p. 201).


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